Côte d’Ivoire/ Danga: Une déguerpie en grève de la faim accuse “Si je meurs c’est à cause de Ouattara, de la Rti…”

Wednesday, 16 May 2018 10:02 Written by  Published in Politique Read 568 times
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Cocody Danga – Une déguerpie entame une grève de la faim et s’insurge :
« Si je meurs c’est à cause d’Alassane Ouattara, de Fofana Bouaké et de la Rti »

• Les déguerpis très remontés contre des ‘’propos mensongers’’ du Dg de la Sicogi

Chassés manu militari de leurs habitations qu’ils occupaient depuis des lustres, les ex-domiciliés de la cité Bel Air de Cocody Danga ont décidé de faire le siège des détritus, impuissants et implorant chaque jour le bon dieu. Lundi, soit une semaine après le malheur qui leur est arrivé, ils ont organisé une conférence de presse sur le site pour dénoncer les traitements dont ils sont victimes depuis le début de cette affaire.
Pour cette bataille de la communication en réponse au Dg de la Sicogi Fofana Bouaké qui était sur la télévision nationale (RTI 1) ce même lundi matin, pour dire sa part de vérité, les victimes ont eu le soutien de plusieurs organisations de la société civile ivoirienne. Entre autres, le Collectif des résidents des habitats coloniaux de Huberson Bayoro, la Coalition des indignés de Côte d’Ivoire (Cici) de Daléba Nahounou et la coalition ‘’ça suffit !’’ de Roger Youan. Tous ont dénoncé la violation du droit au logement dont sont victimes les ex-habitants de Danga et interpellé l’Etat de Côte d’Ivoire.

Les déguerpis quant à eux, ont livré des témoignages pathétiques sur cette matinée cauchemardesque du mardi 8 mai 2018. Parmi eux, une vieille dame affectueusement appelée maman Hadja dans le quartier. La voie étreinte d’émotion, elle n’a pas manqué de s’en prendre directement aux politiciens qui ne tiennent jamais promesse. « Yako à ceux qui cherchent le pouvoir. Quand c’est pour prendre le pouvoir, ils savent où nous sommes. Même si tu es dans un trou, ils vont aller te chercher. Depuis quelques jours, je ne mange pas, j’ai commencé une grève de la faim ! Et si je meurs c’est la Rti, c’est Fofana Bouaké et c’est Alassane Ouattara », fulmine-t-elle, les yeux rougis par les larmes. La dame accuse notamment la Rti de désinformation et de manipulation car dit-elle, si cette chaîne est venue recueillir leurs propos avant la démolition du quartier, jamais elle ne les a relayés. Elle a plutôt privilégié le Dg de la Sicogi pour se justifier et dire des choses qui ne sont pas vraies.

En effet, lundi à l’émission « Matin Bonheur » de Rti 1, l’invité Fofana Bouaké (Dg Sicogi) a laissé croire que 44 personnes sur le site ont été indemnisées et relogées avant les destructions et que s’il devait rétrocéder les prochaines constructions aux occupants déguerpis, ce serait aux prix actuels de l’immobilier, un coût qui ne serait pas à leur portée. Il évoque par ailleurs un arrêté ministériel de 1994, lequel indique que les maisons de la Sicogi doivent être cédées aux locataires en règle sauf celles des quartiers à rénover comme Danga et Adjamé, ancienne propriété de la Société ivoirienne de construction immobilière (Sici), ancêtre de la Sicogi.

‘’Archifaux !’’, répondent les déguerpis qui lui opposent un décret de 1970 qui fait d’eux des propriétaires et un autre document de 1972 qui donne des détails sur ces constructions. Notamment leur coût de réalisation soit 132 mille FCFA pour les blocs célibataires et 797 mille FCFA pour les villas. On était en 1950. « Le Dg de la Sicogi dit qu’il a indemnisé 44 personnes. Ce sont des contre-vérités. Devant la justice il avait donné le chiffre de 33 personnes relogées. C’est sur cette mention que la Cour suprême s’est basée pour rendre son arrêt (dont se prévaut le Dg). A la télé, il reconnaît que tout le monde n’a pas été relogé. A Cocody, personne n’était informé du déguerpissement. On était en négociation lorsque nous avons été surpris un matin par des loubards et policiers lourdement armés. Ce qui s’est passé ici est cruel », contre-attaque pour sa part une porte-parole des victimes dame Ambeu Assa. Laquelle déclare ne pas comprendre la décision de la Sicogi qui préfère louer les services de loubards à plusieurs millions de francs que de faire face à une indemnisation en bonne et due forme.

Les manifestations de colère continuent ce matin et les jours à venir. Pour les ex-habitants, s’ils avaient été surpris lors de la démolition, à présent, ils sont déterminés à rentrer dans leur droit par des sit-in permanents sur les décombres de leurs habitations.

SD à Abidjan
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DECLARATION DE LA COMMISSION NATIONALE DES DROITS DE L’HOMME
(CNDHCI) RELATIVE AUX OPERATIONS DE DEGUERPISSEMENT
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Le 27 mars 2018, la Commission Nationale des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI) a été saisie relativement au déguerpissement, le 07 mars dernier, des populations riveraines de la forêt classée de Mopri (Tiassalé), reparties dans quarante-cinq (45) villages et campements.

Au cours de cette opération, des biens privés et sociocommunautaires dont neuf (09) écoles et un centre de santé, ont été incendiés ou détruits. Les victimes vulnérables se sont réfugiées dans les villages environnants, occasionnant ainsi un surpeuplement, la flambée du loyer dans ces localités et l’abandon précoce de la scolarité de leurs enfants.

Le mardi 08 Mai 2018, des habitants de la cité Bel-Air à Cocody Danga (Abidjan), ont été déguerpis dans le cadre d’une opération menée par la Société Ivoirienne de Gestion Immobilière (SICOGI), en exécution d’une décision de la Cour Suprême, l’arrêt N°003/18 rendu à son audience du 4 janvier 2018.

La CNDHCI, sans remettre en cause les décisions judiciaires et administratives des autorités publiques, observe cependant que ces déguerpissements surviennent non seulement en pleine année scolaire mais aussi en cette saison des pluies. Elle relève que cette situation est de nature à affecter les conditions de vie des individus concernés, occasionnant ainsi une atteinte aux droits des personnes : famille sans logis, perturbation voire interruption de la scolarité des enfants, …

La CNDHCI rappelle que les opérations de déguerpissement doivent tenir compte de certains droits fondamentaux notamment, le droit à l’éducation, à la santé et à un logement décent. Ces opérations doivent en toutes circonstances préserver la dignité humaine des populations visées.

La CNDHCI invite par conséquent le Gouvernement à prendre toutes les mesures d’accompagnement sociales et humanitaires nécessaires en faveur de ces populations en veillant à leur relocalisation dans un espace viable.

La CNDHCI, tout en invitant les populations déguerpies à la négociation avec toutes les autorités, reste activement saisie.
Fait à Abidjan, le 14 mai 2018
La Présidente

Namizata SANGARE

Michel Desire

President of Morning of Africa.
Mail: michel@moacinter.com