Bombardement de Bouaké, Affaire Sarkozy, et Procès de Gbagbo à la CPI : Me Jean Balan livre de grands secrets et balance des noms

Wednesday, 11 April 2018 11:42 Written by  Published in Politique Read 816 times
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L’affaire Gbagbo continue d’alimenter les débats dans les milieux judicaires. Du bombardement de Bouaké au procès en cours à La Haye, Me Jean Ballan, avocat au barreau français et conseil des victimes français dans le dossier relatif au bombardement du camp français à Bouaké livre de grands secrets.

"AFFAIRE SARKOZY ET AFFAIRE BOUAKÉ

J'ai pris du temps pour écrire ce post. L'actualité quotidienne est particulièrement chargée. Avec essentiellement des nouvelles pas très réjouissantes. Elle divise non seulement les médias mais également les réseaux sociaux. C'est normal. Mais en même temps, on n'a plus le temps de la réflexion, c'est devenu presqu’impossible de rentrer dans les fonds des problèmes. L'essentiel étant de communiquer rapidement. C'est pourquoi j'ai hésité à écrire ce post. Parce que certainement il va toucher à des sensibilités (ce n'est pas mon intention) et en même temps il va porter sur des mises en cause de certaines certitudes. Et je prends également un risque en révélant des aspects et les noms des personnes. Toute chose qu’on évite généralement de faire pour sa propre tranquillité. Je le fais d'une manière qui peut apparaître pour certains récurrente, mais en même temps je le fais dans l'espoir que je puisse être utile à quelque chose. Donc je vous remercie de me lire attentivement, sans avoir à rejeter ce que je dis et qui peut déplaire sur le moment. Faire un parallèle entre l'affaire Sarkozy et l'affaire de bombardement de Bouaké.

Cela peut apparaître incongru, ça ne l'est pas. Au contraire, ça dénonce une mainmise d'un système qui est défavorable et à la Côte d'Ivoire et à la France. Certainement, pas de la même manière, pas avec les mêmes effets et pas avec les mêmes conséquences, mais qui aboutit aux mêmes résultats. C'est pourquoi je vais faire une distinction avec les deux pays. POUR LA CÔTE D'IVOIRE Je sais très bien que la mise en examen de Sarkozy a provoqué une onde de joie en Côte d'Ivoire. J'ai déjà dit que je comprends très bien cette joie. Donc à aucun moment je ne formule aucune critique. Sarkozy fut en effet celui qui a mis une touche finale au processus tendant à éliminer Gbagbo de la scène politique, qui a commencé en 2002.Avec en apogée en 2004, le bombardement de Bouaké. Il (Sarkozy) a fini le "boulot" avec la complicité des élites mondialistes et même de l'ONU, en 2011. Je vous rappelle par ailleurs et je l'ai démontré dans des précédents posts, que cela était déjà programmé dès 2004 sous Chirac. Donc voilà Sarkozy mis en examen c'est une source, pour beaucoup d'entre vous, de légitime joie. Mais là où le bât blesse, c’est que les poursuites contre Sarkozy ne concernent pas du tout la Côte d'Ivoire. Elles sont faites pour des délits supposés sur une base juridique qui a des chances de ne pas tenir jusqu'au bout. Je ne rentre pas dans l'analyse des dossiers en disant cela. Je ne me base pas non plus sur des raisons politiques mais juridiques. Paradoxalement (ou pas) même des adversaires de Sarkozy considèrent qu'il s'agit d'un acharnement obsessionnel de certains juges à l'encontre de ce dernier. Mais en quoi cela vous concerne en temps qu'Ivoirien, pourriez-vous me poser légitimement la question ? En réalité beaucoup. Mediapart, ce site d'investigation, détesté par certains, adulé par d'autres, a une importance réelle dans le processus complexe entre politique, média, justice. Pas en tant que lui-même, le nombre de lecteurs directs étend faible, mais en temps que caisse de résonance. Les investigations faites par ce site sont reprises massivement par tous les autres médias. Prenons l'affaire du bombardement de Bouaké. Ce journal a le dossier entier depuis des mois. Les journalistes connaissent tous les détails, cependant ils n'ont rien publié encore. Passons sur l'amitié entre Plenel et Villepin, la raison est autre. Avant de se lancer dans un gros "pavé" genre Wikileaks, ils ont procédé par étape. Rappelez-vous ! Mediapart a publié récemment une enquête très documentée, très incisive, sur l'illégalité de l'arrestation de Laurent Gbagbo et son envoi devant la CPI. Une vraie bombe. Infiniment plus importante qu'un éventuel financement de la campagne de Sarkozy. Dans cette dernière affaire, comme ils avaient publié un document (authentique ou pas, ça reste à déterminer) accusant ce dernier, les journalistes de Mediapart étaient invités sur tous les plateaux de télévision. Par contre, après la publication très accusatrice et calculée concernant la collusion entre le gouvernement français et la CPI dont Gbagbo et par conséquent la Côte d'Ivoire sont encore les victimes, pas un écho. Les journalistes de Mediapart ont été très surpris. Ils sont intervenus eux-mêmes auprès des télévisions, ne comprenant pas leur silence, alors que généralement on leur déroule le tapis rouge même quand il s'agit des salaires des footballeurs. La chape de plomb, évidemment, ils hésitent maintenant de faire sortir l'affaire du bombardement de Bouaké en craignant le même sort. J'essaie encore et toujours de les convaincre du contraire. Ce que je raconte n'est pas simplement une anecdote, donc même si, je le répète, je comprends votre joie instantanée, ça ne résout pas le problème réel concernant votre pays. Et le fait que le président Gbagbo est toujours emprisonné, malgré l'absence de preuves contre lui, malgré l'espoir toujours repoussé pour des raisons futiles de sa libération, n'augure rien de bon. Et en France, ça pose un problème différent du vôtre mais toujours aussi important.

POUR LA FRANCE En dehors du rôle des médias et télévisions, toujours dans l'instant et pas dans l'analyse, en dehors aussi de l'influence des patrons des médias qui ont intérêt que l'affaire du bombardement de Bouaké passe à la trappe, se pose la question de la justice et des magistrats.

REPRENONS LA PARALLÈLE ENTRE L'AFFAIRE SARKOZY ET BOUAKÉ Une extrêmement médiatisée et l'autre passée sous un silence total.

Laissons de côté l'aspect sympathie ou antipathie à l'encontre de Sarkozy. Mais, même certains de ses adversaires le disent, les poursuites à son encontre (justifiée ou pas ce n'est pas la question), sont l'œuvre de magistrats qui ont une obsession personnelle à l'encontre de l'ex-président. Souvent pour des raisons idéologiques, je ne rentre pas dans le fond des affaires; à chacun son opinion. Mais force est de constater que les magistrats font ce que bon leur semble. A juste titre ou pas, je n'en sais encore rien. Mais la question de leur pouvoir absolue interpelle.

Y compris d'autres magistrats. Mais cela est plus grave que le fait que les plus hauts magistrats empêchent pour l'instant que l'affaire Bouaké où les plus hautes autorités de l'Etat à l'époque sont mis en cause très sérieusement, soit jugée après une enquête de 14 ans.

Je pense que c'est ça le plus grave. Le fond, agissent-ils pour des raisons d'État ? Le fond, agissent-ils pour préserver leur carrière?

Le fond, agissentils pour protéger des gens dont ils sont redevables ?

Le fond, agissent-ils parce qu'ils n'ont pas le temps de le faire ? Jouent-ils avec la procédure jusqu’à la calandre grecque ?

QUI SONT LES RÉELS RESPONSABLES? J'ai eu il y a deux jours une réponse partielle publiée au journal officiel (JO).

C'est la réponse qui fait suite à un courrier que j'avais adressé aux parlementaires et qui a était transmis au Premier ministre et à la Garde des Sceaux. La réponse est bottée en touche. Bref, elle dit qu’en application de la loi du 25 juillet 2013, il n'appartient pas au Garde des Sceaux de donner des instructions au Parquet. Mais cette réponse n'est pas totalement inutile ; elle précise à qui incombe la responsabilité de donner des suites à l'affaire Bouaké. Je le savais mais il vaut mieux que cela soit marqué dans le JO.

Pour le volet instruction (Cour d'Assises), il appartient au Parquet de Paris ; pour le volet ministériel, donc la cour de justice de la République, il appartient au Parquet général près de la cour de Cassation. Bref, sans se cacher derrière un substitut ou un autre, les décisions appartiennent d'une part à M. Molins et d'autre part à M. Marin. Voilà je prononce leurs noms, je ne porte pas d'accusation. Mais mes questions restent entières. Je continue de me battre. Trop seul souvent. Les seuls alliés réels sont ceux parmi vous qui veulent partager.

Me Jean Balan
Avocat au barreau français
Conseil des victimes français dans le dossier relatif au bombardement du camp français à Bouaké"
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Michel Desire

President of Morning of Africa.
Mail: michel@moacinter.com