Procès du Président GBAGBO : Un dossier vide, cousu de fil blanc

Tuesday, 06 February 2018 09:32 Written by  Published in Politique Read 506 times
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Les différents épisodes cités par l’accusation pour démontrer ce théorème ont été contredits voire infirmés par l’audition des témoins qui devaient en principe en faire la démonstration, et en apporter les preuves, depuis l’ouverture du procès le 18 janvier 2016.

 

Il y a eu, aussi, quelques scènes mémorables, où l’on a vu des témoins à charge, tel Sam Jichi Mohamed, dit l’Africain, un Libanais ivoirien d’adoption, faire défaut à la Procureur, et plaider pour Laurent Gbagbo… Un médecin légiste, le belge Frédéric Blonbled, revenir d’une enquête plus qu’approximative en Côte d’Ivoire avec un dossier vide, et s’écrouler à l’audience… ou même, autre moment pathétique, une femme réputée morte en 2011 sous les tirs de l’armée ivoirienne, venir témoigner à la barre… La série tragi-comique d’un dossier d’accusation ficelé à la hâte avait commencé dès 2012, quand avait été soumise à la Cour, pendant une audience, une cassette « prouvant la répression sanglante » à Abidjan. ll fut mis en évidence que cette vidéo montrait en fait des événements qui s’étaient produits au Kenya !

 

Les militaires, parmi lesquels les plus haut gradés, bras armés du président Laurent Gbagbo à l’époque des faits, aujourd’hui au service d’Alassane Ouattara, n’ont fait état d’aucune velléité, d’aucun ordre de Gbagbo pour mettre en place une quelconque plan criminel. Les agressions contre des civils reprochées à Gbagbo dans l’acte d’accusation sont apparues comme d’habiles montages du camp Ouattara, largement repris sans aucune vérification par les médias français, qui servirent de prétexte à l’ONU pour justifier en fin de compte l’intervention dans les combats des forces militaires françaises et des Casques bleus aux côtés des forces rebelles, et faire tomber Gbagbo.

 

Ainsi en est-il, après analyse, de la répression de la « marche » des partisans de Ouattara vers la Radio Télévision Ivoirienne (RTI), le 10 décembre 2010. Les généraux en poste dans l’armée régulière ont établi le fait que de nombreux hommes en armes étaient mêlés aux manifestants, et qu’ils ont attaqué les forces de sécurité, mises en position de légitime défense. Le mitraillage supposé de la marche des femmes pro-Ouattara, le 3 mars 2011, aussi bien que le bombardement du marché Siaka Koné, le 17 mars, apparaissent également comme des événements fabriqués qui ont permis au Conseil de sécurité de l’ONU de voter le 30 mars la résolution 1975, interdisant l’emploi d’armes lourdes contre les populations civiles, et par conséquent, grâce à une interprétation plus qu’abusive de la dite résolution (une habitude depuis l’attaque de la Lybie) ont ouvert la route aux blindés français vers la résidence de Laurent Gbagbo.

 

Un dossier vide, cousu de fil blanc, constat déjà évident en juin 2013, à la fin de deux années d’enquêtes visant à établir les charges contre Laurent Gbagbo : il faut se souvenir que dès la procédure d’instruction, le tribunal de La Haye avait pointé l’inanité du dossier rassemblé par Fatou Bensouda, et l’insuffisance des charges. Au lieu de relâcher immédiatement le détenu, incarcéré au centre pénitentiaire de la CPI à partir du 30 novembre 2011, il a été maintenu en prison, contre toutes les règles juridiques universellement admises sur la présomption d’innocence. Il est vrai que quelques semaines avant cette nouvelle entorse aux droits les plus fondamentaux, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, inquiet d’une possible remise en liberté de Gbagbo, s’était rendu à la Haye, sous un prétexte futile, après s’être tenu informé jour par jour des délibérations de la CPI. Il est alors devenu évident qu’on était en présence d’un procès dont l’inspiration n’est pas judiciaire : à savoir l’éloignement de Laurent Gbagbo du théâtre politique de son pays par une mise en détention aussi longue que possible.

 

Source: Le Journal de l’Afrique, février 2018

Michel Desire

President of Morning of Africa.
Mail: michel@moacinter.com