Côte d’Ivoire: Message d’un ami d’enfance à son « frère », Colonel Dagrou Loula, assassiné le 19 septembre 2002

Tuesday, 19 September 2017 13:25 Written by  Published in Politique Read 2728 times
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19 septembre 2002 – 19 septembre 2017

15 ans tu as quitté ma vue Loula Dagrou Joachim, Zokou Guillet , Zokou Adroh , du nom de ce célèbre footballeur ghanéen dont tu as gardé la coiffure . Tu as été sauvagement assassiné le 19 septembre 2002 par des sauvages, des méchants, des anti-hommes.

Tu étais : un ami, un frère, un père selon les circonstances .Tu étais toujours là, disponible pour moi. 15 ans que ça me manque après une si longue amitié. Notre première rencontre fut au cours de l’année scolaire 67 – 68, nous étions dans deux écoles différentes en direction opposée mais en classe de Cm2. On se croisait donc chaque matin, presqu’au même endroit sans même se saluer. Et un matin, alors qu’on s’était dépassé j’entendis cette voix dans mon dos : hé salaud là, on te salue et tu ne réponds pas ? Je regarde derrière et tu enchaines : oui, c’est de toi je parle. Je fis quelques pas en arrière vers toi en souriant. Tu souriais aussi en avançant vers moi. Ce fût un moment de grande émotion.  » Moi je m’appelle Loula et toi ?  » Je dis aussi mon et ce fût le début de notre amitié. L’année d’après, un miracle s’opère : nous sommes en 6eme, orientés dans le même collège. Le petit collège protestant de Daloa. Grande fût notre joie.
Tu me pris tout de suite sous ta protection face aux  » secousses  » par les  » anciens « . Nous venions d’entamer une marche qui va durer 4 ans au cours desquels nous formons un quator bosseur et joyeux : Loula Dagrou Joachim de Nékéide, Yoble Diekro de Tonla (Oume) Tchétchè Kpata de Sassandra et moi de Yokolo. Le quator qui va bousculer les habitudes du petit collège pour gagner quelques libertés. À la fin de notre cycle, nous sommes malheureusement séparés et moi je vais souffrir de cette séparation et tu en étais tellement conscient qu’à chaque congé tu faisais pour qu’on se voit. Avant qu’on se retrouve à l’ENS tous les deux Kpata nous lâche (paix à son âme), Yoble est instituteur à Bingerville, lui aussi nous quittera peu après (RIP).

Nos chemins vont donc encore se recroiser à l’ENS, toi en histoire – géo et moi en math. Deux ans après tu viens me rappeler ton vœu de devenir militaire depuis 1970. Nous étions alors en 80-81. Je n’ai pas pu t’en empêcher.

Ce fût un autre coup pour moi. J’abandonne aussi l’ENS pour d’autres horizons. Mais, nous allons nous retrouver encore en fin d’année 83. Tu viendras me chercher à l’aéroport après deux ans d’absence et direct chez toi, dans ta maison de fonction à Akouedo. Tu avais alors réalisé ton projet. Je suis au garde à vous mon capitaine ! On vivra ensemble chez toi pendant deux ans avant de me  » libérer ». Une liberté surveillée puisque au moins deux fois par semaine tu me visitais.

Tu es finalement affecté à Bouaké. Par intermittence, on se voit. Dans mes missions à Bouaké, je suis le bienvenu chez toi. Nous vivions ainsi, quand en ce mois de septembre 2002 , arrivé à Abidjan tu m’appelles et me dis: je suis à Abidjan, on se voit demain (18 septembre ) , ce 18 , tu me rappelles pour annuler le rendez-vous car pour raison de service tu dois rentrer à Bouaké (c’est urgent). Et tu es parti, ça faisait combien de temps que nous ne nous sommes pas vus ?

Et je ne te verrai plus jamais. Ce 19 septembre 2002, au petit matin les nouvelles sont dures. On est devenu fou, personne ne comprend rien, et moi mon portable sonne, c’est mon frère. C’est inhabituel, sa voix tremble : sois courageux, yako , je ne peux pas arrivé chez toi, les nouvelles ne sont pas bonnes , ton ami a été tué à Bouaké !

Stupeur ! Détresse !

Ainsi donc tu es parti ? Ils t’ont tué les imbéciles, ces bêtes sauvages.

De là où tu es, mon ami, mon frère, mon père saches qu’ils sont traqués tous les jours par le sang des ivoiriens tombés avec toi ce jour du 19 septembre 2002 !

Ils disaient que les ivoiriens allaient finir par s’accommoder et bien non ! Au contraire, ils sont vomis à jamais.

En attendant de nous revoir car c’est un passage obligé, repose en paix ! Adieu mon  » père  » jamais je ne t’oublierai !

Michel Desire

President of Morning of Africa.
Mail: michel@moacinter.com