MORTS POUR LA SOUVERAINETE NATIONALE

Monday, 08 February 2016 20:11 Written by  Published in Politique Read 757 times
------- KOFFI KOFFI LAZARE -------
Les morts sont les racines des vivants sur la terre qu’ils ont choisis de féconder. Claude MANCERON (1)
A l’ouverture du procès intenté contre le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé à la Cour pénale internationale (Cpi) de La Haye, au cours de leur exposé d’accusation, la procureure Fatou Bensouda et son équipe, les 28 et 29 janvier 2016, ont tenté, bien maladroitement il faut en convenir, de démontrer que les deux illustres personnalités ivoiriennes sont poursuivies pour crimes contre l’humanité. Selon les accusateurs, les deux prévenus ont, dans un plan commun prémédité, fait assassiner en masse des Ivoiriens, particulièrement les populations du Nord, les Dioula, de confession musulmane. Mais alors qu’officiellement, depuis plusieurs années, l’on avait habitué, par le relais des média occidentaux, que la crise post-électorale a occasionné 3 000 morts du fait du refus du président Laurent Gbagbo de céder le pouvoir qu’il aurait perdu, l’accusation a finalement retenu, que c’est seulement 166 (2) parmi ces morts qui relèvent de la responsabilité directe du président Laurent Gbagbo et de son ministre Blé Goudé. Ce chiffre de 166 morts qui n’a pas varié, avait été déjà avancé par l’accusation le 19 février 2013 lorsque le président Gbagbo comparaissait devant la Chambre préliminaire de la Cpi. Témoin, le journal L’obs Monde qui dans sa livraison du 19 février 2013 rapportait : « Les crimes qui sont reprochés à Laurent Gbagbo sont le meurtre, en tant que co-auteur direct, d'au moins 166 personnes, de viols et violences sexuelles sur au moins 34 femmes, d'actes de persécution contre au moins 294 victimes et d'actes inhumains contre 94 personnes».(3) Pour l’accusation, ces personnes visées étaient toutes des partisans d’Alassane Ouattara. Mais si l’on admet ce chiffre de 166 morts alors que toutes les chancelleries et autres observateurs de la scène politique ivoirienne croient avoir dénombré 3 000 morts, que sont devenus alors les 2834 autres que l’accusation a cru bon de les extraire de son dossier? Qui sont-ils ? Pourquoi ont-ils été tués ? Qui les a tués ? Pourquoi ne sont-ils pas pris en compte dans l’accusation de Bensouda? Ne sont-ils pas des humains au même titre que les 166 morts identifiés comme proches d’Alassane Ouattara? Ces 2834 morts, on peut les considérer comme étant ces jeunes qui sont morts devant la résidence du Chef de l’Etat ivoirien, accourus tous là, pour défendre la nation et sa souveraineté. Pour le pouvoir politique mis en place au nom d’une communauté ethnique, les Dioula et les populations du Nord, pour l’islam dans sa faction intolérante, le djihadisme, proche d’Aqmi, missionnaire de la mort sur le continent africain, et pour l’exploitation économique et le pillage des ressources naturelles de notre pays pour satisfaire les puissances occidentales notamment les multinationales impérialistes et néocolonialistes, des Ivoiriennes et des Ivoiriens, dans la fleur de l’âge, sont tombés sous les balles assassines et l’éclatement foudroyant des bombes et des obus de mercenaires étrangers et des armées française et onusienne coalisées. 3 000 ! C’est le chiffre annoncé officiellement par l’Afp repris en chœur par tous les media au service de cette barbarie pour donner une idée de l’ampleur du nombre des victimes de la tragédie que la Côte d’Ivoire a connue, les 9, 10 et 11 avril 2011. Cette tragédie voulue et orchestrée par la France, et soutenue par les Etats-Unis, a été longtemps planifiée et finalement a été exécutée par l’Onu, pour mettre fin au régime de Laurent Gbagbo et de son parti, le Front populaire ivoirien (Fpi), qui avaient tracé un autre horizon à leur peuple, celui de ne plus le soumettre au diktat de l’extérieur et de l’aider à prendre son destin en main. Pour cette attitude jugée arrogante, inconcevable et inacceptable parce que venant d’un pays d’Afrique, des moyens de destruction massive n’ont pas été lésinés pour faire courber l’échine à ce peuple qui a manifesté une claire volonté « indépendantiste » trop prononcée sous la conduite d’un chef libéré de tout complexe du Blanc. En prenant d’assaut la résidence officielle d’un chef d’Etat, pour arrêter son locataire Laurent Gbagbo, élu par son peuple aux élections démocratiques du 28 novembre 2010 et proclamé souverainement, président de la République (4) par le Conseil constitutionnel qui seul est habilité, suivant la Constitution du pays, à annoncer les résultats définitifs (5), les forces françaises et onusiennes se sont comportées comme des forces d’occupation et ont remis en cause l’indépendance de notre pays. En effet, les Occidentaux et particulièrement les Français qui ambitionnent de contrôler le monde pour exploiter à outrance ses richesses, ne peuvent pas tolérer l’émergence ou l’affirmation d’un nationalisme dans une partie de la planète. Or, depuis son avènement « inattendu » pourrait-on dire, au pouvoir, Laurent Gbagbo, a clairement affirmé un désir ardent et une détermination à se battre pour le respect à la fois de l’indépendance et la souveraineté de la Côte d’Ivoire. Le 4 décembre 2010 encore, ne déclarait-il pas à la face du monde lors de son investiture boycotté par la plupart des diplomates accrédités dans notre pays, y compris, le Nonce Apostolique, doyen du corps diplomatique :
« La souveraineté de la Côte d’Ivoire, c’est elle que je suis chargé de défendre et elle, je ne la négocie pas » ?
C’est cette déclaration qui, de toute vraisemblance, a provoqué la colère des maîtres du monde et les a poussés à noyauter ce qui s’apparentait à une témérité contre leur visée de mainmise sur cette partie de l’Afrique occidentale dont les dernières prospections minières annonçaient des réserves en minerais et en pétrole, en quantité et en qualité. Mais le peuple de Côte d’Ivoire, et particulièrement les jeunes qui avaient bien compris le message du président Laurent Gbagbo et y avaient décrypté l’essence de leur avenir et celui de la nation, firent bloc autour de lui, lorsque le déluge de feu des philistins des temps modernes se déversa sur le pays. En effet, entrainés dans les tourbillons de l’histoire où de manière anachronique ces forces extérieures tentaient d’annihiler les acquis de l’indépendance et de la démocratie arrachés et forgés dans la sueur, les larmes et le sang de leurs parents et de leurs aînés des années 90, ces jeunes n’entendaient pas du tout revivre les horreurs du temps de l’esclavage encore moins les oppressions de celui de la colonisation triomphante. Pour eux, la Côte d’Ivoire était indépendante et elle devait le rester, même si cette indépendance « a été octroyée » avait-on coutume de le dire pour la minimiser. Reconnue depuis 1960 et inscrite dans les livres de l’Onu comme un Etat à part entière, elle devait jouir pleinement de sa souveraineté. Aussi, descendirent-ils spontanément dans la rue, les mains nues, pour défendre la patrie à travers les institutions du pays et les personnalités qui les incarnaient. Et ils avaient bien raison. Car que signifie une indépendance sans reconnaissance de la souveraineté pleine et entière ? Une indépendance sans souveraineté, donc sans liberté de choix de son devenir, est une indépendance vide, une indépendance viciée, une indépendante atrophiée, une indépendance dépendante ? Aussi, comprend-on bien que la lutte des pères fondateurs de notre pays, a été une lutte inachevée. Il ne s’agit donc pas d’être seulement indépendant. Il faut aussi et surtout que le monde voit notre pays comme une nation souveraine. Car les nations véritablement libres, ce sont celles dont la souveraineté est reconnue et respectée. Tant que les Etats africains dits indépendants continueront de se laisser assister, orienter, encadrer, noter, leurs programmes de développements montés et apprécier avant exécution par les anciennes métropoles, on peut dire que ces Etats sont victimes d’illusion. Car, il faut le dire, une nation sans souveraineté, Jean Ziegler a raison de le souligner, est une protonation (6) c’est-à-dire « une sociabilité rudimentaire, limitée dans sa construction, asservie aux seuls besoins de ceux qui l’organisent de l’extérieur ». Elle est avant tout, une « création de l’impérialisme » (7), observe-t-il. Et de s’expliquer :
« (Cette nation) n’exprime qu’une souveraineté fictive, la totale dépendance de l’économie du pays à l’égard du centre métropolitain » (8)
Le président Gbagbo, très tôt, s’est attaché à construire une véritable nation démocratique en s’éloignant des vicaires des puissances occidentales qui ont favorisé par leur gouvernance dictée de l’extérieur, la permanence de la protonation avec le renforcement de l’unité et du sentiment national. Historien et nourrit à la culture progressiste, il s’est convaincu que ses prédécesseurs dans plusieurs Etats africains ont été poussés à être des despotes par les multinationales et les groupes financiers contre leurs peuples. Aussi, suivant les pas du Chilien Salvador Allende qui avait entrepris pour son pays, une nouvelle guerre contre les multinationales américaines, ce que ce dernier a lui-même appelée « la guerre pour la seconde indépendance », « pour la construction nationale, la souveraineté économique et la liberté réelle du peuple » (9), Laurent Gbagbo va-t-il s’engager, au nom du droit d’autodétermination qu’a tout peuple, de tracer de nouveaux sillons de liberté pour son pays. A plusieurs occasions au fil des élections, il a exposé ses ambitions pour la nouvelle Côte d’Ivoire. En 1991 déjà, il constatait qu’au début de l’indépendance de notre pays, « la plupart des Ivoiriens s’intéressant à la politique étaient pour le parti unique. Les tenants du pouvoir l’étaient parce qu’ils prétendaient que seul le parti unique était capable de garantir l’unité nationale et de créer un environnement propice au développement. Nous savons ce qu’il en est advenu : le parti unique a créé une société profondément inégalitaire où tous les avantages étaient réservés à un petit nombre, l’immense majorité n’ayant que des devoirs ; le parti unique a créé une société liberticide : les libertés de presse, de réunion, d’association, de critique, etc., furent supprimées » (10). Ayant pris conscience de cela et remarquant que dans toute l’Afrique, tous les Etats dont les leaders, quelque soit leur idéologie, avaient fait l’option du parti unique étaient dans l’impasse économique, il choisit de lutter pour les libertés. Mais cette ambition, dès qu’il parvint au pouvoir, a été farouchement combattue, puisque, si elle se réalisait pleinement, elle nuirait gravement aux intérêts des multinationales et des groupes d’argent. Et pendant dix ans le pays a connu une guerre impérialiste qui s’est achevée par son arrestation suivie de sa déportation à La Haye. Au cours de cette guerre injuste et anachronique, les jeunes ivoiriens, de toutes appartenances régionale, religieuse et même politique qui ont saisi la profondeur quasi-mystique de son ambition pour notre pays, se sont mobilisés pour sauver la nation en péril. Ils se sont dressés « pour opposer au mauvais destin une même volonté résolue » de défendre leur pays comme l’a observé le président Laurent Gbagbo (11). Face à cette volonté, les forces impérialistes se sont coalisées pour parvenir à bout de leur détermination avec une rare bestialité. Lorsqu’ils apprirent dès le 9 avril 2011, que les chars et l’aviation militaire de Licorne et de l’Onuci avançaient vers la résidence du chef de l’Etat, visiblement pour éliminer celui-ci, comme le firent les forces américaines à travers Agostino Pinochet en 1973 à Santiago, les jeunes se mobilisèrent pour former un bouclier humain croyant ainsi dissuader les assaillants. Mais c’était sans compter avec l’inhumanité féroce de ceux-ci. Balles et grenades furent lâchées sur eux. Bilan ? Les accusateurs de Laurent Gbagbo ne veulent pas s’en préoccuper. Car, il ne s’agit pas de morts proches d’Alassane Ouattara. Du fait qu’ils soient des citoyens patriotes qui ont défendu leur pays et sa souveraineté, en tentant d’arrêter la marche des forces françaises et onusiennes, leur mort compte pour rien. Tout comme tous les morts qui ont jonché la route vers le pouvoir d’Alassane Ouattara depuis la nuit du 19 septembre 2002. La France et la Communauté internationale ne sont pas à leurs premières injustices et sélections de morts sur le continent africain. Dans la crise qui a endeuillé le Rwanda, le Tribunal pénal international du Rwanda où Fatou Bensouda était le substitut du procureur, avait refusé de prendre en compte les crimes commis par le FPR et a refusé d’enquêter sur les facteurs déclenchant du génocide. De la même façon, en Côte d’Ivoire, la même Fatou Bensouda, devenue procureure de la Cour pénale internationale, refuse d’enquêter sur les crimes de la rébellion depuis 2002, les crimes de Guitrozon, Petit Duékoué, Nahibly, etc., les crimes postélectoraux après les élections de 2010 commis par les FRCI dans la zone d’Anonkoua-Kouté et dans les rues d’Abidjan, etc. Parce que tout simplement tous ces morts, ne sont pas des hommes aux yeux des nouveaux colonisateurs de notre pays. Mais un jour, tous ces morts seront justifiés. Et le tribunal de l’Histoire sera implacable contre ceux qui ont levé le glaive contre la Patrie sous la conduite des impérialistes friands des richesses de nos terroirs. En attendant ce jour, l’on doit retenir que les morts oubliés par Bensouda, sont tous des Ivoiriennes et des Ivoiriens, dans la fleur de l’âge, porteurs d’espoir pour leurs familles, qui sont morts pour la Patrie. Ils sont morts pour la souveraineté de la Nation ! Pour honorer leur mémoire, nous les survivants, devons poursuivre leur action de défense de la patrie jusqu’à ce que la souveraineté de l’Etat soit reconnue et respectée. Le souvenir de leur sang versé, doit pousser tout citoyen à répondre sans calcul, spontanément, et toute affaire cessante, en tout lieu et en tout temps, à l’appel de la Patrie. Cela doit être compris comme un devoir sacré et en même temps comme un hommage solennel perpétuel adressé à tous ceux dont le sang pétillant qui a été versé, fécondera une nouvelle nation, la nation ivoirienne souveraine, grande et prospère.
Lazare KOFFI KOFFI

 

Last modified on Monday, 08 February 2016 20:21