coup d'état permanent ou le cauchemar des démocrates ivoiriens Featured

Thursday, 10 July 2014 18:01 Written by  Published in World Read 3324 times

...... PAR : ALEXIS GNAGNO .........

Youssouf Bakayoko vient d'être reconduit à la présidence de la Commission Electorale Indépendante ( CEI ). Celui qui avait dit aux ivoiriens " il n'est pas encore minuit ", et pour qui , après minuit il n'était toujours pas minuit, vient donc de rempiler au grand dam des démocrates ivoiriens, prolongeant ainsi leur mauvais rêve.

Ce cacique du PDCI, parti allié indéfectible du RDR, était arrivé à la tête de la CEI, cet organe administratif chargé de l'organisation des élections,  après la forfaiture de Robert Beugré Mambé aujourd'hui nommé par Ouattara maire de la ville d'Abidjan pour services rendus à la rebellion. Robert Beugré Mambé avait introduit dans le fichier électoral 429.000 électeurs fictifs, provoquant ainsi la colère du président Gbagbo et la dissolution de cet organe devant le refus de son président de démissionner.

Youssouf Bakayoko va donc continuer à présider cet organe essentiel dont la vocation première est d'être impartiale et indépendante, comme son nom l'indique, mais qui est depuis longtemps pris en otage par le bloc rebelle, avec la bénédiction de leurs soutiens français.

Sans doute faudrait-il ici rappeler les manoeuvres qui ont conduit à  installer et à dénaturer cette commission, en évoquant le coup préparé depuis Kléber, juste après Marcoussis, plus précisément,  quand Jacques Chirac et Dominique De Villepin ont " proposé " " que les ministères de la défense et de l'intérieur soient donnés aux rebelles qui, selon eux, avaient une supériorité militaire qui justifiait qu'on leur donnât la force légale du pays.

Cette proposition qui avait été rejetée par la rue ivoirienne, avait finalement donné lieu à un compromis boiteux  qui aura favorisé la crise post-électorale en 2010,  et la guerre que connaîtra le pays plus tard en 2011.

De quoi s'agit-il ?

A la suite de la proposition de Kléber rejetée par la rue ivoirienne , un compromis est trouvé pour scinder le ministètre de l'intérieur en deux : un ministère de la sécurité qui reviendra à Martin Bléou du PIT, et un ministère de l'administration territoriale qui reviendra à la rebellion et sera dirigé par Issa Diakité, un putschiste invétéré, puisqu'il était déjà cité comme un compagnon du capitaine Sio Koulaho. Pour la petite histoire, c'est à la suite du " complot de 1973 " que certains militaires jugés peu fiables, dont Issa Diakité, furent affectés dans l'administration civile. Il deviendra préfet plus tard.

C'est donc ce ministre qui, laissant de côté le mode de fonctionnement dévolu par les textes à la CEI, va concocter un projet de décret devant servir à l'installation de la CEI dans laquelle il prévoyait de changer les règles du jeu électoral au sein de la Commission. Ce projet est recalé à la porte du conseil des ministres, et ne fera donc pas l'objet de discussions, et encore moins de décret présidentiel.

Cela n'empêchera cependant pas le rebelle-ministre de convoquer les membres de la commission et de sortir, au moment de l'élection du président, son texte qui ne figure nulle part et jusqu'à ce jour, dans les archives de l'administration. S'ensuit alors la contestation d'un certain nombre de commissaires, seize (16 ) précisément qui, n'ayant pas été entendus, sortent de la salle et saisissent plus tard la cour suprême.

La cour suprême invalidera le 25 octobre 2005 l'élection de Beugré Mambé et de son bureau, la jugeant illégale.

Le 25 novembre 2005, un mois plus tard, le conseil constitutionnel qui avait été saisi par le président Gbagbo, jugera cette élection anti-constitutionnelle.

On pouvait alors penser que le débat était clos , mais que non ! On s'en remettra encore à  M. Antonio Monteiro, Haut représentant de l’ONU pour les élections en Côte d’Ivoire, qui trouvera que cette élection de Robert Beugré Mambé et de son  bureau est conforme à notre constitution !!!

Voilà donc comment la Commission Electorale Indépendante version Youssouf Bakayoko via Robert Beugré Mambé a été installée, dans une sorte de coup d'état administratif et politique préparé depuis Kléber.

Après avoit dit cela, je voudrais ajouter que je n'exonère pas le camp Gbagbo de sa propre responsabilité qui  est engagée pour avoir fait le lit de l'imposture coupable de Youssouf Bakayoko, en faisant à ses adversaires des concessions au-delà du politiquement raisonnable. Car, rien ne justifiait qu’on fît autant de concessions à ces adversaires qui voulaient abattre les institutions républicaines par un coup d’état, et qui sont  réfractaires à tout ce qui est constitutionnel, sauf si cela les arrange.

Dans un article que j'avais écrit, alors que le peuple de Côte d'Ivoire était dans l'attente angoissante des résultats qui tardaient, je formulais ces interrogations :

" Pourquoi  a-t-on laissé en place cette CEI trop partisane pour être véritablement indépendante, alors même que la cour suprême puis le conseil constitutionnel avaient invalidé son installation ?

Mais encore, pourquoi  n’a-t-on pas fait en sorte d’équilibrer cette institution après l’avis douteux sur la constitutionnalité de l’élection du président Mambé et son bureau, donné à deux jours de la fin de son mandat par le protugais Antonio Monteiro ?

Est-ce la grande mobilisation des ivoiriens contre cette tentative de renversement des institutions de la république qui a fait croire aux tenants actuels du pouvoir que l’élection présidentielle était courue d’avance ?

Ou est-ce la seule volonté de paix qui justifiait toutes ces concessions sans véritable contrepartie ?

Comment a-t-on pu céder sur la question de la commission électorale indépendante (CEI) en en faisant, par notre propre  renoncement, un arbitre partial ? " Tel était mon questionnement.

 

La Commission Electorale Indépendante est aujourd'hui une arête dans la gorge des démocrates ivoiriens. Il est donc normal qu'elle soit rejetée par ces démocrates-là pour ne pas commettre les mêmes erreurs.

 

 

 

 

Last modified on Thursday, 10 July 2014 18:19
Alexis Gnagno

Directeur commercial de Moacinter.com